Avec L’effet télomère – Une approche révolutionnaire pour allonger sa vie et ralentir les effets du vieillissement, les auteures, Elizabeth Blackburn (prix Nobel de médecine) et Elissa Epel, démontrent comment le stress chronique affecte nos chromosomes.
Bien que mon article soit essentiellement tourné sur les conséquences du stress chronique, il est important de préciser que vous trouverez dans ce livre des questionnaires permettant de vous situer dans le stress, mais également des principes, techniques, trucs et astuces pour réduire, voire résorber, ces effets négatifs.
Comme le précisent les auteures, il ne s’agit pas ici d’allonger l’espérance de vie, mais d’avoir les moyens de vivre le plus longtemps possible en bonne santé.
Le stress chronique
Nous l’avons vu, le stress est une réaction nécessaire pour fuir ou combattre un danger (fight or flight response), mais également pour se lever, se nourrir, apprendre, s’engager dans un événement (challenge response). C’est en grande partie grâce à ce mécanisme que nous avons pu évoluer jusqu’à maintenant.
Cependant, les éléments stressants ont changé : les mammouths, les tigres à dents de sabre… ont laissé place au stress de la vie, qu’elle soit personnelle ou professionnelle : bouchons sur les routes, bruits ambiants, surcharge de travail, être parents d’enfants malades…
Le stress chronique n’est pas nécessairement une réponse forte (fight or flight response) à un danger. Au contraire, la plupart du temps, il s’agit de réponses avec une faible intensité, mais constantes. Notre organisme est donc maintenu en état de vigilance permanent.
Les effets du stress chronique sur les télomères
Les télomères
Pour reprendre les explications des auteures, les télomères sont un fourreau de protéines protecteur. Ils constituent moins d’un dix-millième de l’ADN total d’une cellule (la représentation ci-après n’est donc pas à l’échelle). Ils sont situés à l’extrémité de chaque chromosome (parties plus claires dans le dessin ci-dessous).
Les télomères ont une importance vitale dans la division cellulaire, car à « chaque fois qu’une cellule se divise, son précieux “ADN codant” (qui compose les gènes) est recopié en faisant en sorte de préserver son intégrité ». À chaque opération, les télomères perdent des paires de bases à l’extrémité des deux chromosomes.

Le biologiste Leonard Hayflick a découvert en 1921 que les cellules humaines ont un nombre limité de divisions (limite de Hayflick). Après, elles entrent en sénescence (du latin classique senex, âgé), c’est-à-dire qu’elles continuent de vivre, mais ne se divisent plus.
Si nous avons trop de cellules sénescentes, nos tissus commencent à vieillir et laissent échapper des substances pro-inflammatoires entrainant plus de douleurs et de pathologies chroniques ; c’est le début de la période des maladies.
Les études montrent que plus les télomères sont longs et plus les personnes sont en meilleure santé. À l’inverse, plus ils sont courts et plus les personnes tendent à être malades et à décéder.

Les personnes qui arrivent à quatre-vingts, quatre-vingt-dix ans ou plus sont celles qui ont les télomères les plus longs.
La télomérase
La télomérase est une des grandes découvertes (1984) des auteures. Il s’agit d’une enzyme permettant de restaurer l’ADN perdu par les télomères lors de chaque division cellulaire. Pour le dire plus simplement, la télomérase reconstruit en permanence l’extrémité de nos chromosomes pour protéger notre ADN. C’est ainsi que fonctionne la Tetrahymena, sujet des études.
Il est démontré que la télomérase peut ralentir, empêcher, voire inverser, le raccourcissement télomérique lié à la division cellulaire. Pour autant, il ne faut pas y voir un élixir d’immortalité, car renforcer la télomérase amènerait nos cellules à se comporter comme des cellules cancéreuses : elles se diviseraient en permanence sans contrôle.
Quand la télomérase est insuffisante, la division cellulaire s’arrête prématurément et la cellule entre en sénescence (voir plus haut).
Les conséquences du stress chronique sur les télomères et notre vie
Comme nous l’écrivions précédemment, lors de leurs études scientifiques in vitro (avec la Tetrahymena, organisme unicellulaire qui regénère en permanence ses télomères) et in vivo, les auteures ont mis en évidence l’effet de la télomérase sur la longueur des télomères.

L’intérêt de la publication scientifique de 2004 [1] et du livre L’effet télomère est de mettre en évidence la manière dont le stress chronique affecte nos télomères.
La relation au stress
Comme nous l’écrivions dans l’article Et si on revalorisait le stress, il existe plusieurs formes de stress. Ce que nous disent les auteures, c’est que notre façon d’aborder le stress a un effet sur nos télomères. Ainsi, les personnes qui sont le plus souvent en mode réaction face à la menace (nommé flight and fight response par Cannon en 1929) contribuent- sans le savoir – à l’altération de leurs cellules, ce qui ronge leurs télomères.
À l’opposé, les personnes avec un état d’esprit transformant les problèmes de la vie en défi / challenge (nommé challenge response par Lazarus et Folkman en 1984) créent les conditions physiologiques pour s’engager (et ne pas combattre ou fuir). Et cela protège les télomères des pires conséquences du stress chronique.
Les résultats de l’étude réalisée par Blackburn et Epel publiés en 2004[1] voulaient dire également que « nos expériences de vie et la manière dont nous y réagissons peuvent modifier la longueur de nos télomères. En d’autres termes, nous pouvons changer notre manière de vieillir au niveau le plus élémentaire, celui de la cellule ».
Le système immunitaire
Nous savons que le stress chronique rend notre système immunitaire moins efficace : baisse de la production d’anticorps, plus vulnérable aux infections… Par contre, pendant très longtemps, les scientifiques ne comprenaient pas comment la réaction au stress, qui est dans notre cerveau (notre esprit), pouvait endommager notre système immunitaire.
La réponse se trouve dans les télomères courts des personnes vivant un stress chronique ! Le vieillissement prématuré (puis la sénescence) des cellules immunitaires (et principalement les lymphocytes T CD8) engendre des réactions moins efficaces du système immunitaire.
Nous apprenons que c’est le cortisol (hormone libérée dans le corps en cas de stress) qui entraine une baisse de la télomérase (voir plus haut) quand les cellules y sont exposées durablement. Les conséquences sont dramatiques pour notre système immunitaire ! Les lymphocytes T CD8 vieillissant prématurément libèrent des protéines (cytokines) à l’origine de l’inflammation systémique.
Ces lymphocytes T CD8, qui devraient normalement être éliminés par l’organisme (l’apoptose, processus cellulaire naturel), s’accumulent dans le sang. Au bout d’une certaine accumulation, les risques de développer des infections et des pathologies inflammatoires augmentent fortement.
Transmission directe aux bébés
Nous pourrions nous dire que cela ne concerne que nous, mais la réalité est autre, pour ne pas dire inquiétante !
Bien que les auteures indiquent que les études sur la transmission directe de la longueur des télomères chez l’homme sont encore peu nombreuses, elles apportent l’éclairage suivant : si au moment de la conception la mère est porteuse de télomères courts, y compris dans l’ovule, ceux du bébé à naître le seront également. Les chromosomes du père sont également impliqués dans la transmission, mais dans une moindre mesure.
Malheureusement, sauf si vous êtes porteuses ou porteurs d’un syndrome télomérique, il est aujourd’hui quasi impossible d’avoir une analyse télomérique quand on le souhaite.
Bonne nouvelle !
Je ne voudrais pas terminer cet article sans une note d’espoir. En effet, nous découvrons dans le livre que nous avons la possibilité d’agir sur la longueur de nos télomères : ralentir, empêcher ou inverser le raccourcissement.
Les auteures nous donnent plusieurs pistes, toutes validées scientifiquement ! Je reprends une liste qu’elles ont intégrée dans leur livre. Pour chaque élément, il convient de lire le livre pour en savoir plus.
Faites attention à vos télomères
- Repérez les sources de stress intense et persistant. Que pouvez-vous changer ?
- Transformez la menace en défi.
- Faites preuve de davantage de compassion envers vous-même et envers autrui.
- Faites une activité qui répare vos télomères.
- Pratiquez la conscience de vos pensées et l’attention en pleine conscience. La conscience ouvre la voie au bien-être.
Entretenez vos télomères
- Soyez actif.
- Mettez en place un rituel pour un sommeil plus long et plus réparateur.
- Mangez en pleine conscience pour réduire les excès et éliminer les fringales.
- Choisissez des aliments bons pour vos télomères – produits non transformés, oméga-3, éliminez la charcuterie.
Connectez vos télomères
- Faites de la place au lien : déconnectez-vous des écrans à certains moments de la journée.
- Entretenez quelques relations proches, de bonne qualité.
- Offrez aux enfants une attention de qualité et une dose adéquate de « bon stress ».
- Entretenez votre capital social dans votre quartier. Aidez les inconnus.
- Recherchez la verdure. Passez du temps dans la nature.
- L’attention aux autres en pleine conscience permet aux liens de s’épanouir. Votre attention est un cadeau que vous pouvez offrir.
Favorisez la santé des télomères dans votre communauté et dans le monde entier
- Améliorez les soins prénataux.
- Protégez les enfants de la violence et des traumatismes qui endommagent les télomères.
- Réduisez les inégalités.
- Éliminez les polluants à l’échelle locale et mondiale.
- Améliorez les politiques alimentaires pour que chacun puisse avoir accès à des aliments frais, sains et abordables.
Nous n’oublierons pas de citer également The Seven-Day Stress Prescription, livre écrit par Elissa Epel dans lequel elle nous donne les clés pour changer notre relation au stress.
Conclusion
Comme l’écrivent les auteures, plus le stress chronique dure, plus vos télomères raccourcissent. Il est d’une importance vitale de se sortir des situations chroniquement toxiques sur le plan psychologique, quand c’est possible.
Pour reprendre une phrase du livre :
La santé future de notre société est en train de se construire maintenant, et on peut mesurer une partie de cet avenir en paires de bases sur les télomères.
Il est temps de prendre cela en compte dans notre quotidien, mais également dans les entreprises pour ne pas hypothéquer la vie des salariés et celles de leur descendance.
Primum non nocere.
Compléments de lecture :
- Productivité ou affairement ;
- Réduire le stress avec le kaizen pour changer les habitudes ;
- Le multitâche, cette lubie qui nous grille le cerveau.
Livres / articles cités :
- Accelerated telomere shortening in response to life stress, Elissa S. Epel, Elizabeth H. Blackburn, Jue Lin, Firdaus S. Dhabhar, Nancy E. Adler, Jason D. Morrow, and Richard M. Cawthon. PNAS. 101 (49) 17312-17315. 2004


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