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L’intelligence collective n’est pas implicite

Intelligence collective Source : Getty Images pour Unsplash+

De nombreuses études — y compris dans le cadre des mécanismes de prise de décision — à travers le monde viennent confirmer mes observations du terrain : l’intelligence collective n’est pas implicite. Il ne suffit pas de mettre des personnes dans une même pièce pour en sortir le meilleur. Pour quelles raisons de nombreux travaux collectifs accouchent d’une souris, voire de décisions catastrophiques (toute ressemblance avec des cas existants n’est pas fortuite) ?

Nous savons aujourd’hui que la performance d’un collectif est supérieure à la moyenne de ses individus, voire supérieure à la performance du meilleur individu dudit groupe1. Mais cela ne fonctionne que dans certains conditions. Faisons un rapide tour de celles-ci.

Sensibilité sociale

La sensibilité sociale est composée de la propriété neurosociale dite théorie de l’esprit (acquise vers l’âge de 6 ans) qui permet d’appréhender ce que pensent les autres et du système de l’empathie. Il est important de trouver le moyen de connaître le niveau de sensibilité sociale de chacun des membres prévus. Nous sommes des êtres sociaux avant tout ; négliger cet aspect est une cause d’échec.

Individu dominant

L’individu dominant est la personne qui va monopoliser les échanges. Contrairement à ce que beaucoup pensent, cette personne réduit la synergie au sein du groupe et entraine vers le bas l’intelligence collective. Ce point est problématique quand le groupe doit prendre des décisions et que la majorité de ses membres a une tendance au conformisme (voir plus bas). Ce phénomène est nommé group think (pensée uniformisée du groupe). La décision de lancer la navette Challenger, avec les conséquences que l’on connait, entre dans ce cas.

Paresse sociale

La paresse sociale est en lien avec la sensibilité sociale, mais peut-être également une stratégie individuelle défavorisant le groupe. Le faible effort de contribution d’une personne pensant profiter du travail des autres nuit à l’efficacité du groupe. Ce comportement peut provenir également d’une rivalité entre plusieurs membres du groupe.

Illusion de la transparence

Elle se produit quand une personne pense que les propos qu’elle vient de partager sont plus explicites qu’ils ne le sont réellement. De facto, les autres personnes du groupe n’ont pas toutes les informations pour intégrer les éléments. L’illusion de la transparence est associée au biais de confiance et dans ce cas précis, la personne n’endossera pas la responsabilité d’une mauvaise communication.

Conformisme

En tant qu’être social nous ne souhaitons pas être exclu du groupe. Nous avons donc tendance à ne pas prendre de risque individuel et à nous rallier à l’opinion majoritaire, au risque d’avoir des résultats très éloignés de ceux obtenus sans ce biais. En lien, on trouve le biais de convergence qui fait perdre progressivement la richesse des propos de chacun.

À la lecture de ces éléments, il paraît évident que l’intelligence collective n’est pas implicite. Ceux que je rencontre le plus souvent sont, dans l’ordre, le conformisme, l’individu dominant, la paresse sociale due à une rivalité. Dans certains cas, je n’hésite pas à demander à la personne en charge de l’atelier de ne pas y intégrer des personnes qui font porter un risque sur le groupe.

Notes :

  • Evidence for a collective intelligence factor in the performance of human groups, Woolley, Chabris, Pentland, Hashmi et Malone, 2010
  • Décider en toute connaissance de soi : Neurosciences et décision, Philippe Damier, Odile Jacob, 2014

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